Depuis 2022, l’Afrique centrale s’est engagée dans un ambitieux projet de fusion entre ses deux principales organisations économiques régionales : la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Cette initiative, portée par une volonté de rationalisation institutionnelle et d’intégration régionale renforcée, peine pourtant à se concrétiser. En cause : un contexte géopolitique instable, des échéances électorales sensibles, et des divergences stratégiques entre États membres.
Une fusion aux promesses multiples
L’idée de fusionner la Cemac et la CEEAC repose sur une logique de simplification et d’efficacité. Ces deux institutions, bien que complémentaires, ont souvent vu leurs missions se chevaucher : la Cemac est centrée sur l’union monétaire, la libre circulation des biens et des personnes, tandis que la CEEAC couvre un spectre plus large incluant la sécurité, le développement durable et la coopération politique.
La fusion permettrait :
– Une harmonisation des politiques économiques et commerciales
– Une réduction des coûts liés au fonctionnement de deux structures parallèles
– Une meilleure visibilité et influence sur la scène continentale et internationale
– Une accélération des projets d’intégration régionale, notamment en matière d’infrastructures et de mobilité
Le rôle du Copil/CER-AC : une mission achevée, des décisions en attente
Le comité de pilotage de la rationalisation des Communautés économiques régionales en Afrique centrale (Copil/CER-AC), mis en place pour étudier les modalités de cette fusion, a récemment achevé sa mission. Ses travaux ont permis de dresser un état des lieux précis des convergences et divergences entre les deux institutions, et de proposer des scénarios de fusion.
Cependant, la mise en œuvre de ces recommandations dépend désormais des chefs d’État de la région, dont l’engagement politique reste fluctuant.
Le Cameroun, entre leadership régional et incertitudes électorales
Le Cameroun, acteur majeur de la Cemac, est au cœur des discussions. Son poids économique et diplomatique en fait un pilier incontournable du projet. Or, les élections présidentielles prévues dans le pays suscitent des incertitudes. Le climat politique y est marqué par des tensions internes, des revendications sociales, et une transition potentielle qui pourrait rebattre les cartes.
Cette instabilité freine l’engagement ferme de Yaoundé dans le processus de fusion. Certains observateurs craignent que les priorités nationales prennent le pas sur les ambitions régionales.
Une région sous pression : sécurité, économie, gouvernance
Au-delà du Cameroun, l’ensemble de la zone Cemac–CEEAC est confrontée à des défis majeurs :
– Sécurité : conflits armés en République centrafricaine, tensions au Tchad, instabilité dans l’est de la RDC
– Économie : dépendance aux matières premières, faible diversification, vulnérabilité aux chocs extérieurs
– Gouvernance : institutions fragiles, corruption, manque de transparence
Ces facteurs pèsent lourdement sur la capacité des États à se projeter dans une réforme institutionnelle d’envergure.
Les obstacles juridiques et institutionnels
La fusion des deux organisations implique également :
– Une révision des traités fondateurs
– Une harmonisation des cadres juridiques et réglementaires
– Une redéfinition des organes de gouvernance
– Une redistribution des sièges et des responsabilités
Autant de chantiers complexes qui nécessitent du temps, des ressources, et surtout un consensus politique fort.
Une opportunité historique à ne pas manquer
Malgré les obstacles, la fusion Cemac–CEEAC représente une opportunité unique pour l’Afrique centrale de se réinventer. Dans un monde où les blocs régionaux gagnent en influence, l’unification des efforts pourrait permettre à la région de mieux défendre ses intérêts, attirer davantage d’investissements, et offrir à ses citoyens une meilleure qualité de vie.
Le sommet prévu à Malabo en fin d’année pourrait être décisif. À condition que les dirigeants surmontent les divisions et placent l’intérêt collectif au-dessus des calculs nationaux.





