Le projet de chemin de fer censé relier Ngaoundéré, au nord du Cameroun, à N’Djamena, la capitale du Tchad, est devenu un symbole de l’attente diplomatique et du flou stratégique qui entoure les relations entre les deux pays. Alors que le Tchad multiplie les appels à la coopération, le Cameroun, par la voix de son président Paul Biya, reste silencieux sur le tracé définitif de cette infrastructure cruciale.
Une ambition régionale freinée par l’indécision
L’idée de relier les deux capitales par voie ferrée n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une volonté commune de renforcer l’intégration sous-régionale, de fluidifier les échanges commerciaux et de désenclaver les zones sahéliennes. Trois tracés ont été proposés, chacun avec ses implications techniques, économiques et géopolitiques. Mais depuis que le dossier a été transmis à la présidence camerounaise, aucune décision n’a été rendue publique.
> « Le Tchad est prêt. Nous avons mobilisé nos équipes, nos partenaires. Ce projet est vital pour notre développement », confie un conseiller du ministère tchadien des Infrastructures.
Une attente qui agace N’Djamena
Du côté tchadien, l’impatience grandit. Le gouvernement voit dans ce projet une opportunité unique de connecter son économie aux ports du Golfe de Guinée, notamment celui de Douala, via Ngaoundéré. Le rail permettrait de réduire les coûts de transport, d’accélérer les échanges et de stimuler les investissements dans les zones frontalières.
Mais sans réponse claire de Yaoundé, les négociations stagnent. Plusieurs missions diplomatiques ont été envoyées, sans succès. Le président Paul Biya, en poste depuis plus de quatre décennies, n’a pas encore tranché, et son silence est interprété par certains comme une forme de prudence stratégique, voire de désintérêt.
Un projet soutenu par les bailleurs internationaux
La Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et d’autres partenaires techniques et financiers ont exprimé leur intérêt pour soutenir le projet. Des études de faisabilité ont été menées, des fonds préliminaires mobilisés, et des experts ont validé les trois tracés proposés. Mais sans validation politique, rien ne peut avancer.
> « Ce projet est un catalyseur pour la sous-région. Il ne s’agit pas seulement du Tchad et du Cameroun, mais de toute la zone CEMAC », souligne un analyste basé à Libreville.
Les enjeux derrière le choix du tracé
Les trois tracés envisagés présentent des avantages et des contraintes :
| Tracé proposé | Avantages | Inconvénients |
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| Par Moundou | Plus direct, traverse des zones économiques dynamiques | Coût élevé, zones écologiquement sensibles |
| Par Bongor | Moins cher, terrain plus stable | Moins de densité économique, rallonge le trajet |
| Par Pala | Favorise l’accès aux zones minières | Infrastructure existante limitée, besoin de gros travaux |
Le choix du tracé aura des conséquences majeures sur les populations locales, les flux commerciaux et la stabilité régionale. D’où l’importance d’un arbitrage éclairé.
Une décision attendue pour relancer la coopération
Alors que le Tchad multiplie les projets d’infrastructures avec ses voisins, notamment le Soudan et la République centrafricaine, le blocage du projet ferroviaire avec le Cameroun est perçu comme un frein à son ambition régionale. À Yaoundé, certains observateurs estiment que le dossier pourrait être relancé après les élections municipales prévues en fin d’année, mais rien n’est garanti.
En attendant, les rails du progrès restent figés dans l’incertitude.





