À peine nommé Premier ministre, Sébastien Lecornu entame une série de consultations politiques décisives. Ce mercredi, il reçoit à Matignon les représentants du Parti socialiste (PS), des Écologistes, du Parti communiste et du Rassemblement national (RN), dans le cadre de la préparation du budget 2026. Objectif affiché : éviter une motion de censure qui pourrait fragiliser son gouvernement naissant.
Depuis sa nomination le 9 septembre, Lecornu multiplie les rencontres. Après avoir consulté les partis de son « socle commun », les syndicats et les organisations patronales, il s’attaque désormais à une opposition plus large. Si les formations invitées ne comptent pas intégrer le gouvernement, elles ont accepté de dialoguer — à l’exception notable de La France insoumise (LFI), qui a décliné l’invitation.
Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a d’ores et déjà annoncé qu’il voterait la censure contre Lecornu, dénonçant une manœuvre politique sans réelle volonté de compromis. Ce refus illustre les tensions persistantes entre LFI et l’exécutif, et marque une ligne de fracture parlementaire.
La rencontre avec le PS s’annonce cruciale. En position de faiseur de roi, les socialistes pourraient permettre au gouvernement d’échapper à une censure. Mais leur soutien ne sera pas gratuit. Parmi les conditions posées :
– Une réduction des efforts d’économies par rapport aux orientations de François Bayrou.
– L’instauration d’une taxe sur les très hauts patrimoines, inspirée des travaux de l’économiste Gabriel Zucman : 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros.
Cette proposition, qui vise à renforcer la justice fiscale, divise. Lecornu s’est dit prêt à « travailler sans idéologie » sur les questions de répartition de l’effort, mais il reste fermement opposé à la taxation du patrimoine professionnel, qu’il considère comme un moteur de création d’emplois.
Le RN, également reçu ce mercredi, adopte une posture ambivalente. S’il critique la politique économique du gouvernement, il pourrait se montrer plus souple sur certains points budgétaires. Les Écologistes et les Communistes, quant à eux, entendent défendre leurs priorités : transition énergétique, justice sociale et services publics.
Pour Sébastien Lecornu, ces consultations sont bien plus qu’un exercice de style. Elles conditionnent la survie politique de son gouvernement et la capacité à faire adopter un budget sans majorité absolue. Dans un climat parlementaire fragmenté, chaque voix compte — et chaque concession peut coûter cher.
Alors que l’automne s’annonce chargé, entre grogne sociale et débats sur la reconnaissance de l’État palestinien, Lecornu joue une partie serrée. Reste à savoir s’il parviendra à fédérer au-delà de son camp, ou s’il devra affronter une censure dès les premiers mois de son mandat.
entre instabilité politique et ambitions géopolitiques, une position européenne sous tension
Alors que Sébastien Lecornu tente de stabiliser son gouvernement à Matignon, la France se trouve à un carrefour géopolitique délicat. Si elle reste une puissance diplomatique et économique majeure, son influence au sein de l’Union européenne et auprès des investisseurs internationaux est mise à l’épreuve par une série de crises internes et de repositionnements stratégiques.
L’instabilité chronique du gouvernement français — cinq Premiers ministres en moins de deux ans — a entamé la crédibilité de Paris à Bruxelles[](https://fr.euronews.com/2025/09/08/la-crise-politique-francaise-menace-linfluence-du-pays-sur-lue « 1 »).
– Le tandem franco-allemand, historiquement moteur de l’intégration européenne, montre des signes d’essoufflement. Berlin est freiné par ses contraintes budgétaires, tandis que Paris est paralysé par ses divisions internes[](https://fr.euronews.com/2025/09/08/la-crise-politique-francaise-menace-linfluence-du-pays-sur-lue « 1 »).
La France joue un rôle pivot dans les négociations sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2040[](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/climat-2040-la-france-en-position-darbitre-dans-les-negociations-europeennes-150356/ « 2 »).
– Elle soutient l’objectif de -90 %, mais exige des garanties techniques et financières, notamment sur le nucléaire et les crédits carbone, pour préserver sa compétitivité industrielle[](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/climat-2040-la-france-en-position-darbitre-dans-les-negociations-europeennes-150356/ « 2 »).- Malgré ses déficits persistants, la France reste la **championne européenne des investissements directs étrangers (IDE)** depuis 2019[](https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/294717-la-france-championne-des-investissements-etrangers-par-jean-marc-figuet « 3 »).
– En 2024, elle a attiré **15 milliards d’euros** d’investissements étrangers sur 56 projets, avec une forte composante industrielle — signe d’une réindustrialisation relative.- Les capitaux américains dominent les flux d’IDE en France, mais les tensions géopolitiques, notamment autour de l’intelligence artificielle et des régulations numériques, compliquent les relations bilatérales[](https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/editorial-la-bataille-de-lintelligence-artificielle-7f9cdf70-8f2b-11f0-b721-b06ecd26fbd1 « 4 »).
– La France tente de concilier attractivité économique et souveraineté stratégique, en renforçant le contrôle sur les secteurs sensibles comme la défense et le nucléaire[](https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/294717-la-france-championne-des-investissements-etrangers-par-jean-marc-figuet « 3 »).- Le Conseil présidentiel pour les partenariats internationaux a lancé un agenda de **coopération solidaire et durable**, visant à mobiliser davantage de financements publics et privés pour répondre aux défis écologiques et sociaux[](https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2025/04/06/releve-de-decisions-du-conseil-presidentiel-pour-les-partenariats-internationaux « 5 »).
– La France s’inscrit dans le Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), aux côtés de 72 pays, pour réformer le système financier international[](https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2025/04/06/releve-de-decisions-du-conseil-presidentiel-pour-les-partenariats-internationaux « 5 »).
La France reste une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et un acteur clé dans la francophonie et les relations euro-africaines. Mais son poids diplomatique dépend désormais de sa capacité à restaurer la confiance interne, à clarifier ses priorités budgétaires et à maintenir une posture cohérente face aux défis mondiaux.





