Ce mercredi matin, sur le perron de l’Élysée, Emmanuel Macron et Bassirou Diomaye Faye ont affiché une volonté commune : celle de réinventer les relations franco-sénégalaises. Après une année marquée par des repositionnements géopolitiques et des gestes symboliques forts, les deux chefs d’État ont tenu à réaffirmer leur engagement mutuel en faveur d’un partenariat « rénové et équilibré ».
Une rencontre sous le signe du dialogue
Le petit-déjeuner de travail entre les deux présidents, tenu à huis clos dans les salons de l’Élysée, a été qualifié d’« excellent entretien » par Emmanuel Macron sur le réseau X (anciennement Twitterirou Diomaye Faye a salué une « volonté commune de renforcer la relation bilatérale dans des domaines tels que l’investissement, le commerce, la défense et la sécurité ».
Cette rencontre intervient dans un contexte particulier : depuis son arrivée au pouvoir en avril 2024, le président sénégalais a multiplié les signaux d’émancipation vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. La France, longtemps considérée comme un partenaire privilégié, est désormais traitée « à égalité » avec les autres puissances étrangères, selon les mots du chef de l’État sénégalais.
Parmi les sujets abordés, le massacre de Thiaroye en décembre 1944 a occupé une place centrale. Ce drame, au cours duquel des dizaines — voire des centaines — de tirailleurs sénégalais furent tués par les forces coloniales françaises, reste une plaie ouverte dans la mémoire collective sénégalaise.
En novembre 2024, Emmanuel Macron avait reconnu la responsabilité de la France dans ces événements, mais les autorités sénégalaises continuent de réclamer l’accès à l’ensemble des archives, estimant que des documents clés sont encore dissimulés. Cette exigence de transparence historique s’inscrit dans une dynamique plus large de rééquilibrage des relations franco-africaines.
Autre tournant majeur : le retrait de l’armée française du Sénégal en juillet dernier, mettant fin à une présence militaire continue depuis l’indépendance en 1960. Ce départ s’inscrit dans une série de désengagements français en Afrique de l’Ouest, après les retraits du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, de la Côte d’Ivoire et du Gabon.
Pour Paris, il s’agit d’adapter sa stratégie à une nouvelle réalité : celle d’États africains revendiquant leur souveraineté pleine et entière, tout en restant ouverts à des partenariats fondés sur le respect mutuel.
Lors de sa visite à Washington en juillet, Bassirou Diomaye Faye avait déjà convié les investisseurs américains à s’intéresser aux ressources naturelles du Sénégal, devenu producteur de pétrole et de gaz en 2024. Cette ouverture vers d’autres partenaires économiques traduit une volonté de diversification stratégique, dans laquelle la France devra désormais composer avec une concurrence accrue.
Malgré les tensions et les repositionnements, les deux présidents ont tenu à souligner leur attachement à une coopération durable. « Nous avons travaillé au renouvellement de notre partenariat », a insisté Emmanuel Macron. Pour Bassirou Diomaye Faye, il s’agit de bâtir une relation « fondée sur la confiance, la transparence et l’intérêt réciproque ».
Ce rapprochement, s’il se concrétise, pourrait marquer une nouvelle ère dans les relations franco-sénégalaises — une ère où les liens historiques ne seraient plus un fardeau, mais un socle pour construire l’avenir.





