Kribi, Cameroun — Le projet de construction d’un nouveau terminal de stockage pétrolier à Kribi, ville portuaire stratégique du sud du Cameroun, cristallise depuis plusieurs mois une lutte d’influence au sommet de l’État. Derrière les enjeux énergétiques et économiques, se joue une véritable guerre de position entre figures clés du pouvoir, révélant les tensions internes qui traversent les cercles dirigeants.
Un projet ambitieux sous haute tension
Porté par Nathalie Moudiki, directrice générale de la Société Nationale de Raffinage (SONARA) et réputée proche du couple présidentiel, le projet vise à renforcer les capacités de stockage et d’exportation du pétrole camerounais. Selon les documents officiels, le terminal permettrait de tripler les volumes de transit, tout en réduisant la dépendance aux infrastructures vieillissantes de Limbé.
Mais cette initiative, présentée comme un levier stratégique pour l’économie nationale, se heurte à une opposition farouche. Le secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, aurait selon plusieurs sources tenté d’entraver le projet, en bloquant certaines autorisations administratives et en mobilisant des relais au sein du ministère des Finances.
Une rivalité institutionnelle de plus en plus visible
Ce bras de fer entre deux figures influentes du régime met en lumière une rivalité institutionnelle de plus en plus palpable. D’un côté, Nathalie Moudiki incarne une technocratie loyale au chef de l’État, portée par une vision modernisatrice du secteur pétrolier. De l’autre, Ferdinand Ngoh Ngoh, considéré comme l’un des hommes les plus puissants du pays, défend une ligne plus centralisée et prudente, soucieuse de préserver les équilibres internes.
« Ce conflit dépasse le simple cadre industriel », analyse un politologue basé à Yaoundé. « Il révèle des fractures profondes dans la gouvernance du pays, où les luttes de pouvoir se jouent désormais à ciel ouvert. »
Des enjeux économiques majeurs
Au-delà des rivalités personnelles, le projet de Kribi soulève des questions économiques cruciales. Le Cameroun, producteur modeste mais stratégique de pétrole brut, cherche à valoriser ses ressources dans un contexte de transition énergétique mondiale. Le terminal de Kribi, situé à proximité du port en eau profonde, pourrait devenir un hub régional, attirant des investissements étrangers et renforçant la position du pays dans le Golfe de Guinée.
Mais les retards accumulés et les blocages administratifs inquiètent les partenaires techniques. Selon une source proche du dossier, plusieurs entreprises étrangères auraient suspendu leur engagement, dans l’attente d’une clarification politique.
Une affaire qui embarrasse le sommet de l’État
Face à l’ampleur de la polémique, la présidence reste silencieuse. Aucun communiqué officiel n’a été publié, et les demandes d’interview adressées aux principaux protagonistes sont restées sans réponse. Pourtant, en coulisses, les tractations se poursuivent. Des réunions informelles auraient eu lieu entre conseillers spéciaux et membres du gouvernement, dans le but de désamorcer la crise.
« Le président est dans une position délicate », confie un diplomate occidental. « Il doit arbitrer entre deux piliers de son système, sans affaiblir l’un ni l’autre. »
Vers une sortie de crise ?
Alors que le pays se prépare à accueillir plusieurs forums économiques internationaux, la résolution du conflit autour de Kribi devient urgente. Les observateurs s’interrogent : le projet sera-t-il relancé, modifié ou abandonné ? Et surtout, quelles seront les conséquences politiques de cette bataille feutrée ?
Pour l’heure, la raffinerie de Kribi reste le symbole d’un pouvoir fragmenté, où les ambitions industrielles se heurtent aux logiques d’appareil. Une affaire à suivre de près, tant elle pourrait redessiner les équilibres internes du régime camerounais.





